21/04/2026

Comprendre, étape par étape, un audiogramme tonal et vocal en cabinet d’audioprothésiste

Pourquoi faire un audiogramme ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 10 % de la population mondiale vit avec une perte auditive significative (OMS, 2023). Pourtant, en France, le diagnostic tarde en moyenne sept ans après l’apparition des premiers signes (SFA). L’audiogramme se révèle alors comme la porte d’entrée d’un parcours de soins spécialisé. Il permet de quantifier une éventuelle perte d’audition, d’en préciser la nature (transmissive, neurosensorielle ou mixte) et de guider un accompagnement personnalisé.

Première étape : l’entretien initial et la préparation

Avant le test proprement dit, il s’agit de recueillir des informations essentielles à la bonne conduite de l’examen :

  • Anamnèse : L’audioprothésiste ou l’ORL pose des questions sur le vécu auditif, les antécédents familiaux, médicaux et professionnels, l’exposition au bruit, l’apparition et la progression des symptômes.
  • Examen otoscopique : Inspection du conduit auditif et du tympan pour éliminer toute contre-indication (ex : bouchon de cérumen, infection).
  • Explications sur le déroulement et consignes : Le patient doit être détendu. L’importance de signaler toute gêne est soulignée. Aucun test ne doit générer de douleur ou d’inconfort notoire.

Déroulement d’un audiogramme tonal : précision et rigueur

L’audiogramme tonal mesure les seuils de perception sonore pour différentes fréquences, allant de 125 Hz à 8 000 Hz dans la plupart des cas. Il explore la capacité de l’oreille à entendre les sons purs, transmis par voie aérienne (via un casque) et osseuse (via un vibrateur posé sur la mastoïde).

Les principales étapes du test tonal

  1. Isolation acoustique : Le test se déroule idéalement en cabine insonorisée pour limiter les perturbations extérieures.
  2. Équipement : Le patient porte un casque audio (voie aérienne) et un vibrateur osseux lors de la deuxième phase (voie osseuse).
  3. Instruction claire au patient : Il doit indiquer, par geste (le plus souvent lever la main), à chaque perception même infime du son proposé.
  4. Test par voie aérienne :
    • Des sons « purs » (bips) de différentes fréquences et intensités sont envoyés dans une oreille après l’autre.
    • On descend progressivement jusqu’au seuil minimal audible pour chaque fréquence.
  5. Test par voie osseuse :
    • Un vibrateur osseux est posé derrière l’oreille, sur l’os mastoïde.
    • Cela permet de différencier une surdité liée à l’oreille interne (neurosensorielle) de celle liée à l’oreille moyenne ou externe (transmissive).
  6. Utilisation de bruits masquants :
    • Si une différence de perception entre les deux oreilles est suspectée, on introduit un bruit blanc dans l’oreille non-testée pour éviter une réponse croisée.
  7. Report des résultats sur l’audiogramme : Les seuils sont reportés graphiquement sur un audiogramme – le plus souvent un graphique en deux dimensions : l’axe horizontal pour les fréquences, l’axe vertical pour les intensités en décibels (dB HL).

Interpréter le résultat de l’audiogramme tonal

Type de surdité Profil sur audiogramme Exemple de cause fréquente
Transmissive Élévation des seuils par voie aérienne, voie osseuse normale Bouchon de cérumen, otite séreuse
Neurosensorielle Élévation des seuils voie aérienne ET voie osseuse, sans écart notable Presbyacousie, traumatisme sonore
Mixte Élévation des deux voies, écart significatif entre elles Otosclérose évoluée

Les seuils de perception sont considérés comme normaux entre 0 et 20 dB HL pour l’adulte. À partir de 20-25 dB, on retient un début de surdité légère (HAS). L’interprétation fine revient toutefois au professionnel, qui doit croiser les résultats avec l’entretien et l’examen clinique.

L’audiogramme vocal : tester la compréhension et la discrimination des sons du langage

Complémentaire incontournable du test tonal, l’audiogramme vocal évalue la capacité à reconnaître et répéter des mots ou des chiffres, dans des conditions de plus en plus difficiles. Or, de nombreux patients décrivent une gêne majorée dans le bruit, ou une impression d’“entendre sans comprendre” : c’est précisément ce que caractérise le test vocal.

Comment se déroule un audiogramme vocal ?

  1. Mise en condition optimale : Calme, cabine éventuellement insonorisée, équipement identique à celui du test tonal.
  2. Prise en compte du niveau de base : On ajuste le volume selon les seuils déterminés par l’audiogramme tonal.
  3. Énoncé de listes de mots, chiffres ou syllabes open-set :
    • Le praticien énonce (en direct ou diffusé) des listes normalisées (MOTS Fournier, Lists PB pour l’anglais...),
    • Le patient doit répéter chaque mot entendu. L’audioprothésiste note la justesse des réponses.
  4. Progression du test :
    • On augmente progressivement l’intensité sonore puis, à l’inverse, on diminue pour trouver le seuil de reconnaissance des mots dans le silence.
    • Le test peut être ensuite refait dans un bruit de fond, pour cibler la gêne en environnement bruyant.
  5. Évaluation du pourcentage de mots correctement compris, selon l’intensité : Cela permet d’estimer le score maximum d’intelligibilité, la courbe d’intelligibilité et, le cas échéant, la nécessité d’une rééducation orthophonique ou d’une aide auditive.

Quelques repères : valeurs de référence et interprétation

  • À partir de 90 à 100 % de réussite à un niveau confortable (60 dB SPL), la compréhension est jugée normale.
  • Un score diminué, ou seulement atteint à forte intensité, oriente vers une atteinte cochléaire, souvent irréversible mais aidable par la correction auditive.
  • Des erreurs systématiques ou une impossibilité à “monter” la courbe malgré l’augmentation du volume signalent parfois une surdité rétrocochléaire (rare), à explorer en neurologie.

L’expertise du professionnel est déterminante dans l’analyse de ces résultats, car le vécu subjectif du patient (fatigabilité à l’écoute, gêne en milieu scolaire ou professionnel, etc.) doit être systématiquement pris en compte.

Comparatif : audiogramme tonal VS vocal – que mesurent-ils ?

Audiogramme tonal Audiogramme vocal
But Mesurer la capacité à percevoir les sons “purs” (intensité, fréquence) Mesurer la capacité à comprendre des mots, à différents volumes et dans le bruit
Exploration Performance physiologique de l’oreille Performance fonctionnelle du langage oral
Utilité clinique Orientation diagnostique (type, seuils de surdité) Évaluation du retentissement fonctionnel, indication d’appareillage

Conseils pratiques : optimiser la passation de l’audiogramme

  • Ne pas hésiter à poser toute question lors de l’entretien et durant le test : la compréhension des consignes est cruciale.
  • L’état de forme, la concentration, la prise de médicaments ototoxiques ou l’état de fatigue peuvent temporairement influer sur la performance ; il est préférable d’être reposé.
  • Faire part de toute surdité fluctuante ou asymétrique, d’acouphènes ou de douleurs à l’oreille, au professionnel avant le test.
  • Les enfants et les personnes âgées peuvent nécessiter une adaptation du test (méthode ludique, test simplifié ou séquences plus courtes).

Après l’audiogramme : dialogue, orientation et suivi dans le 93

L’analyse complète des résultats doit toujours se faire en présence du patient, avec des explications claires appuyées sur le graphique et les chiffres recueillis. Lorsque le test révèle une perte d’audition significative, plusieurs options peuvent être proposées : surveillance simple, rendez-vous ORL, prescription d’appareillage auditif ou orientation en orthophonie. Un accompagnement post-test est essentiel, surtout en Seine-Saint-Denis où la précarité et les déserts médicaux compliquent parfois la prise en charge.

Si vous avez des difficultés à accéder à un spécialiste ou à suivre le parcours classique, sachez que des dispositifs existent dans le département – centres de santé, consultations de prévention dans les maisons de quartier, réseaux de soins coordonnés… Les associations locales et les entreprises d’audioprothèse proposent également des actions de dépistage gratuit ponctuel, utiles pour lever les premiers doutes.

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