29/11/2025

Quand les maladies chroniques touchent l’oreille : comprendre l’impact des infections et affections durables sur l’audition

Perte d’audition et maladies : un lien étroit mais encore sous-estimé

Saviez-vous qu’une simple otite ou une maladie comme le diabète peut, à terme, affecter votre audition ? Les troubles auditifs ne sont pas seulement liés à l’âge, au bruit ou à l’hérédité. Diverses maladies infectieuses et chroniques, parfois silencieuses, peuvent également endommager le système auditif. Selon l’OMS, plus de 430 millions de personnes dans le monde souffrent d’une déficience auditive invalidante, et jusqu’à 60% des cas chez les enfants pourraient être dus à des causes évitables, notamment des infections (OMS, 2023).

Mais comment ces affections affectent-elles concrètement l’oreille ? Quels sont les signes à ne pas négliger ? Tour d’horizon des maladies et des infections les plus fréquemment impliquées dans la survenue d’une perte auditive, appuyé sur les dernières données scientifiques.

Comment l’oreille peut-elle être atteinte ?

Le système auditif se compose de l’oreille externe, du tympan, de l’oreille moyenne (où se trouvent les osselets), et de l’oreille interne (la cochlée notamment). Une atteinte de l’une de ces structures peut compromettre le passage du son à différents niveaux :

  • Transmission : le son ne circule pas correctement jusqu’à l’oreille interne (ex : otite, obstruction du conduit auditif).
  • Perception : la cochlée ou les voies nerveuses sont lésées (ex : infection virale, diabète).
  • Mélange des deux : lorsque plusieurs parties de l’oreille sont touchées.

Certaines maladies provoquent une inflammation, une destruction de cellules auditives ou des troubles vasculaires dans l’oreille interne. Dans d’autres cas, ce sont les médicaments utilisés pour traiter ces infections ou ces maladies qui sont ototoxiques, c’est-à-dire nuisibles pour l'oreille.

Les infections les plus à risque pour l’audition

Otites : la cause la plus fréquente chez l’enfant

En France, près de 70% des enfants auront au moins une otite aiguë avant l’âge de 3 ans (Ameli.fr). La plupart guérissent sans séquelle, mais des otites récidivantes ou une otite moyenne chronique peuvent endommager durablement le tympan ou les osselets, entraînant une perte auditivetransmissive. Chez l’adulte, les infections chroniques de l’oreille moyenne (otite séreuse, cholestéatome) ne sont pas rares et doivent être traitées rapidement pour éviter des complications graves, parfois irréversibles.

Oreillons, rubéole, rougeole et infections virales

Certaines maladies virales comme les oreillons ou la rougeole peuvent attaquer directement l’oreille interne (surdité neurosensorielle). Avant l’introduction de la vaccination, la rougeole était responsable de milliers de cas de surdité infantile chaque année dans le monde (CDC). Aujourd’hui encore, dans les régions où la couverture vaccinale reste basse, ces infections restent une cause majeure de handicap auditif chez l’enfant.

Des virus comme le cytomégalovirus (CMV) sont aussi incriminés dans la surdité de l’enfant, même sans symptômes apparents à la naissance. Le CMV serait la première cause non génétique de surdité congénitale (Orphanet).

Méningite bactérienne : une urgence vitale et auditive

La méningite, surtout lorsqu’elle est causée par certains germes (pneumocoque, méningocoque), peut entraîner une destruction brutale des cellules sensorielles de l’oreille interne. Selon Santé publique France, plus de 10% des survivants d’une méningite bactérienne souffrent d’une perte auditive définitive (Santé publique France). Une surdité profonde, totale ou partielle, est parfois la conséquence la plus invalidante de cette infection.

La syphilis et d’autres IST

Certaines infections sexuellement transmissibles, comme la syphilis, peuvent toucher le système nerveux (syphilis tertiaire) et entraîner des pertes auditives, souvent bilatérales et rapides. Les infections par le VIH sont également associées à davantage de pathologies de l’oreille, en raison de l’immunodépression (National Institutes of Health).

Le rôle des maladies chroniques dans la survenue d’une surdité

Au-delà des infections aigües, plusieurs maladies chroniques augmentent la vulnérabilité de l’oreille et du nerf auditif. Souvent silencieuses ou banalisées, elles sont responsables d’un nombre croissant de pertes auditives chez l’adulte.

Le diabète : un risque sous-évalué

  • Le diabète double presque le risque de surdité chez l’adulte : une étude menée au Japon a observé une prévalence de la perte auditive de 54% chez les personnes diabétiques de plus de 60 ans, contre 33% chez les non-diabétiques (PubMed).
  • L’hyperglycémie chronique abîme les petits vaisseaux qui irriguent la cochlée, provoque une inflammation persistante et conduit à une dégradation progressive de la capacité auditive (perte neurosensorielle).
  • La détection précoce des troubles auditifs doit faire partie du suivi des patients diabétiques.

Les maladies auto-immunes : quand le système immunitaire attaque l’oreille

  • Polyarthrite rhumatoïde, lupus, syndrome de Cogan, maladie de Wegener… : ces maladies sont associées à des pertes auditives soudaines ou progressives. Dans certains cas, une surdité brutale peut révéler la maladie.
  • Les mécanismes impliquent une inflammation chronique localisée dans l’oreille interne, la destruction de cellules auditives par des auto-anticorps, ou des troubles vasculaires.
  • Selon la Société française d’audiologie, environ 10 à 30% des patients atteints de polyarthrite présentent des troubles auditifs (Société française d’audiologie).

Hypertension artérielle

Les études montrent que l’hypertension chronique nuit à la microcirculation sanguine de l’oreille interne : la cochlée, organe très vascularisé, est particulièrement vulnérable aux variations de pression et à l’ischémie. Selon l’Inserm, une HTA mal contrôlée augmente de 30% le risque de surdité chez les plus de 65 ans (Inserm).

Insuffisance rénale chronique

  • Les reins et les cellules auditives partagent certains mécanismes régulateurs ; ainsi, des troubles de la filtration rénale peuvent retentir sur la fonction auditive.
  • Environ 30% des personnes dialysées présentent une perte auditive significative selon la Fédération nationale d’audioprothèse.
  • La toxicité de certains traitements (aminosides notamment) majore le risque.

Quand les traitements deviennent ototoxiques

Outre la maladie elle-même, certains médicaments utilisés en traitement des infections ou affections chroniques peuvent endommager l’oreille interne. Les familles les plus à risque sont :

  • Antibiotiques aminosides (gentamicine, streptomycine), utilisés parfois en cas de tuberculose ou d’infections sévères : ils sont responsables de jusqu’à 20% de surdités neurosensorielles d’origine médicamenteuse dans le monde (Leem).
  • Certains traitements anticancéreux (cisplatine, carboplatine).
  • Médicaments antipaludiques, diurétiques de l’anse et salicylés à fortes doses.

La vigilance est donc de mise en cas de prescription répétée ou prolongée, surtout pour des patients présentant déjà des facteurs de risque auditifs.

Quels signes doivent alerter ?

  • Diminution brutale ou progressive de l’audition, sur une ou deux oreilles, pendant ou après une infection ou lors d’une maladie chronique évolutive.
  • Acouphènes (bourdonnements, sifflements) associés.
  • Sentiment d’oreille bouchée ou qui « claque » régulièrement.
  • Difficulté à comprendre les conversations, particulièrement en environnement bruyant.

Face à l’apparition de tels signes, une consultation médicale rapide s’impose : plus la prise en charge est précoce, plus le pronostic auditif est favorable.

Prévenir et limiter le risque : conseils pratiques

  • Se faire vacciner contre la rougeole, les oreillons, la rubéole, la méningite (schémas actualisés par l’Assurance Maladie).
  • Traiter rapidement toute infection ORL, même « bénigne », et respecter les prescriptions jusqu’à guérison complète.
  • Faire surveiller régulièrement son audition en cas de pathologie chronique (diabète, hypertension, maladies auto-immunes).
  • Signaler à son médecin ou pharmacien tout antécédent de surdité ou de traitement ototoxique.
  • Favoriser une hygiène de vie bénéfique aux vaisseaux sanguins et à l’oreille (équilibre alimentaire, arrêt du tabac, activité physique régulière).

Des parcours spécifiques en Seine-Saint-Denis

Dans le département de la Seine-Saint-Denis, où la prévalence du diabète et des maladies chroniques atteint des niveaux nettement supérieurs à la moyenne nationale (Santé publique France), il existe des dispositifs de dépistage adaptés et des réseaux de professionnels formés à la prise en charge des troubles de l’audition liés à ces pathologies. Certains centres hospitaliers et maisons de santé du 93 proposent ainsi des consultations multidisciplinaires incluant ORL, audioprothésiste, diabétologue et psychologue.

Reconnaître l’impact des infections et maladies chroniques sur l’audition, c’est permettre une prévention plus efficace, des prises en charge précoces et, bien souvent, préserver un capital sensoriel indispensable à la qualité de vie.

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