03/12/2025

Comprendre quels médicaments peuvent nuire à votre audition

Qu’est-ce que l’ototoxicité ?

L’ototoxicité désigne la capacité de certaines substances à léser l’oreille interne, en particulier la cochlée (organe de l’audition) ou le vestibule (organe de l’équilibre). Lorsqu’un médicament est dit « ototoxique », cela signifie qu’il peut entraîner des troubles tels que la surdité, des acouphènes ou des vertiges. Selon l’Inserm, environ 8% des pertes auditives en France pourraient être liées directement ou indirectement à des causes médicamenteuses ou toxiques.

Quels médicaments sont les plus fréquemment impliqués ?

Des classes thérapeutiques très variées sont concernées. Voici une liste, non exhaustive mais représentative, des médicaments dont le risque ototoxique est documenté.

  • Antibiotiques aminoglycosides (gentamicine, amikacine, tobramycine, streptomycine) : Ce sont les médicaments historiquement les plus responsables des dégâts auditifs. Les études montrent que 20 à 40 % des patients exposés développent des troubles auditifs, surtout en cas de traitements prolongés ou de doses élevées (source : HAS).
  • Diurétiques de l’anse (furosémide, bumétanide, torasémide) : Utilisés en cardiologie, ils peuvent engendrer des pertes auditives temporaires, particulièrement chez les sujets âgés ou lors d’administration rapide en intraveineuse (source : Vidal).
  • Médicaments anticancéreux (cisplatine, carboplatine) : 60 à 80 % des personnes traitées par cisplatine développent un trouble auditif, avec une prédilection chez les enfants. Ces médicaments peuvent provoquer une surdité définitive même à faible dose (Institut National du Cancer).
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) (aspirine à haute dose, ibuprofène, kétoprofène) : À fortes doses, ils peuvent entraîner des acouphènes ou une perte auditive fluctuante. Ces effets disparaissent la plupart du temps à l’arrêt du traitement.
  • Médicaments antipaludiques (quinine, chloroquine) : Des troubles d’audition et de l’équilibre sont rapportés, en particulier lors d’utilisations prolongées ou à forte dose.
  • Certains antidépresseurs et anxiolytiques (tricycliques, certains ISRS) : Effets rares, mais des acouphènes ou une hypersensibilité au bruit (hyperacousie) sont décrits dans la littérature médicale.
  • Médicaments contre les troubles de l’érection (sildénafil, tadalafil) : De rares cas de surdité subite sont recensés (ANSM).

Zoom sur les antibiotiques ototoxiques

Parmi tous les médicaments, les aminoglycosides occupent une place à part : ils peuvent provoquer une atteinte irréversible de la cochlée et du vestibule. Notamment, la streptomycine, utilisée auparavant contre la tuberculose, a laissé de lourdes séquelles auditives chez des centaines de milliers de patients dans le monde.

Mécanismes de l’atteinte auditive : pourquoi certains médicaments endommagent l’oreille ?

  • Accumulation dans l’oreille interne : Certains médicaments pénètrent la barrière protectrice de l’oreille interne. Leur accumulation provoque un stress oxydatif qui détruit les cellules sensorielles. Ces cellules, une fois perdues, ne se régénèrent pas.
  • Effet dose-dépendant : Plus la dose ou la durée du traitement est élevée, plus le risque s’accroît – c’est le cas pour les anti-cancéreux et les aminosides notamment.
  • Vulnérabilité accrue chez certaines populations : Les sujets âgés, les nouveau-nés, et les personnes ayant déjà des fragilités auditives sont plus à risque, de même que les malades souffrant d’insuffisance rénale (source : MSD Manual).

Quels sont les signes d’alerte d’une atteinte auditive médicamenteuse ?

  • Acouphènes : Sifflements, bourdonnements d’oreille, parfois ressentis dès la première dose ;
  • Diminution rapide ou progressive de l’audition ; souvent bilatérale, mais parfois asymétrique ;
  • Sensation de pression auriculaire ou d’oreille bouchée ;
  • Problèmes d’équilibre et vertiges ;
  • Difficulté à comprendre la parole dans le bruit ;

Ces signes doivent nécessiter une consultation ORL rapide, surtout chez les personnes sous traitement connu pour son ototoxicité. Plus la prise en charge est précoce, meilleures sont les chances de récupération.

Comment limiter les risques ?

  • Informer systématiquement le médecin traitant en cas d’antécédents auditifs ou de surdité familiale ;
  • Surveiller l’audition par des tests audiométriques réguliers lors de traitements prolongés ou répétés ;
  • Respecter strictement la prescription : ne jamais augmenter les doses ou la fréquence sans avis médical ;
  • Privilégier, quand cela est possible, une autre molécule chez les sujets à risque ;
  • Alerter rapidement en cas d’apparition de signe d’alerte (acouphènes, baisse subite de l’audition, vertiges) ;

En pédiatrie et gériatrie : vigilance renforcée

Chez les enfants, une atteinte précoce de l’audition a un impact majeur sur le langage et les apprentissages. Pour les personnes âgées, un trouble de l’audition augmente l’isolement, le risque de chute et détériore l’état cognitif global. Sur ces populations, les experts de l’OMS recommandent une évaluation auditive avant, pendant et après certains protocoles médicamenteux (audimetrie de contrôle).

Cas particulier : quelles interactions augmenter le risque ?

Des études démontrent que le risque ototoxique s’amplifie en cas d’association :

  • D’un aminoglycoside avec un diurétique de l’anse ;
  • D’un antinéoplasique (chimio) et d’autres médicaments rénaux toxiques (ex : certains antibiotiques, antiviraux) ;
  • Chez les patients souffrant d’insuffisance rénale, les concentrations de médicaments sont plus importantes et plus durables ;
  • La prise conjointe d’un médicament ototoxique avec une exposition au bruit (chantier, concerts, machines-outils) décuple les lésions auditives ;

Quelques chiffres clés

  • 30 000 cas de surdité iatrogène (liée à un traitement) sont rapportés chaque année dans les pays industrialisés selon la British Tinnitus Association. Le chiffre réel serait plus élevé, car beaucoup de cas passent inaperçus.
  • Le cisplatine entraine une ototoxicité chez 50 à 85 % des patients pédiatriques, et environ 30 à 50 % des patients adultes (source : NCBI).
  • Entre 10 et 15 % des acouphènes chroniques seraient corrélés à la prise antérieure d’un médicament potentiellement ototoxique.

Perspectives : la recherche avance, mais la vigilance reste de mise

De nouvelles classes de médicaments sont testées avec une attention particulière portée à leurs effets sur l’oreille interne. Les chercheurs développent aussi des molécules protectrices à associer à certains traitements lourds, dirigées notamment contre le cisplatine chez l’enfant. L’endroit où la France s’illustre : des programmes de pharmacovigilance recensent mieux aujourd’hui les effets secondaires auditifs afin d’adapter la surveillance. Malgré tout, le risque reste mal connu du grand public, et l’information passe souvent au second plan face à l’urgence de la maladie à traiter.

Pour aller plus loin : ressources utiles et recommandations

Prenez garde aux interactions et à l’automédication. Un médicament ne provoque pas systématiquement de problème auditif, mais une attitude proactive permet de limiter la survenue des complications et d’optimiser ses chances de conservation auditive. Un accompagnement local, en lien avec votre audioprothésiste ou médecin ORL à Seine-Saint-Denis, permet une surveillance adaptée à chaque profil.

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