03/08/2025

Surdité de perception : comprendre ses mécanismes et identifier ses causes

Définir la surdité de perception

La surdité de perception, également appelée "surdité neurosensorielle", se caractérise par une atteinte de la cochlée (dans l’oreille interne) ou du nerf auditif, qui transmet l’information sonore du conduit auditif jusqu’au cerveau (Institut Pasteur). Contrairement à la surdité de transmission, qui concerne la mécanique de l’oreille externe ou moyenne, la surdité de perception concerne donc le « traitement » du son et non son simple acheminement.

Ses manifestations sont variées : la voix semble lointaine, brouillée ou déformée ; les conversations dans le bruit deviennent difficiles ; les sons aigus disparaissent en premier. Ce trouble peut être soudain ou progressif, partiel ou total, d’un seul côté ou des deux.

  • Fréquence : Plus des deux tiers des déficits auditifs sont de type perception (INSEE).
  • Population concernée : Essentiellement les adultes et personnes âgées, mais possible à tout âge.
  • Symptômes : Difficulté à suivre la parole, surtout dans le bruit, baisse de la capacité à percevoir les sons aigus, impression que les gens « marmonnent ».

Mécanismes : où se situe le problème ?

Pour comprendre la surdité de perception, il faut saisir le rôle clé de la cochlée, véritable « micro » de l’oreille, contenant près de 15 000 cellules sensorielles (cellules ciliées) qui transforment les vibrations sonores en signaux électriques, ensuite transmis au cerveau via le nerf auditif. Quand ces cellules sont abîmées ou détruites, le message sonore devient inexact ou n’est plus transmis — d’où la difficulté à reconnaître certains sons ou à comprendre la parole.

  • Les cellules ciliées ne se régénèrent pas chez l’humain. Toute perte est donc définitive (OMS).
  • Le nerf auditif peut également être endommagé par certains virus, tumeurs, ou pathologies neurologiques.
  • Dans certains cas, ce sont les aires cérébrales responsables du traitement auditif qui sont altérées (presbyacousie centrale, troubles cognitifs associés).

Les principales causes de la surdité de perception

1. Vieillissement de l’oreille : la presbyacousie

La première cause de surdité de perception est liée à l’âge. La presbyacousie concerne, selon Santé publique France, plus de 65% des plus de 65 ans (Santé publique France). Progressivement, les cellules ciliées de l’oreille interne s’usent et disparaissent, d’abord pour les sons aigus, puis les fréquences médianes et graves.

  • Lente et insidieuse, elle passe fréquemment inaperçue jusqu’à des troubles importants de compréhension.
  • Dans les zones urbaines bruyantes, la presbyacousie peut apparaître plus tôt que la moyenne nationale, exposant davantage les seniors.

2. Exposition au bruit : du travail à la vie quotidienne

Le bruit est responsable d’une surdité de perception sur cinq en Europe (OMS Europe). La répétition d’expositions à des volumes supérieurs à 85 dB — concerts, bricolage, transports, environnements de travail — engendre des lésions irréversibles dans l’oreille interne.

  • Les métiers du BTP, de la métallurgie, et du transport sont concernés, mais aussi les loisirs : concerts, écoute au casque à fort volume, etc.
  • En Seine-Saint-Denis, plus de 20% des salariés sont régulièrement exposés à des bruits intenses selon la DREETS Ile-de-France.
  • La surdité professionnelle, reconnue maladie professionnelle, touche chaque année plusieurs milliers de nouvelles personnes en France (Ameli.fr).

3. Maladies infectieuses et inflammatoires

Diverses pathologies peuvent altérer l’oreille interne ou le nerf auditif :

  • Oreillons, rubéole, méningite : Ces infections, notamment chez l’enfant, restent des causes historiques majeures de surdité définitive.
  • Maladie de Ménière : Associant surdité fluctuante, vertiges et acouphènes, elle fragilise l’oreille interne sur plusieurs années.
  • Otospongiose : Même si elle débute sur la transmission, elle peut évoluer vers un trouble mixte, mêlant perte de transmission et de perception.

Selon l’INSERM (INSERM), 5 à 10% des surdités de perception ont une cause infectieuse ou inflammatoire.

4. Génétique et surdités congénitales

Plus d’un nouveau-né sourd profond sur deux présente une mutation génétique identifiable (Orphanet). S’ajoutent à ces cas les anomalies malformatives, les maladies rares, le syndrome de Usher ou la neurofibromatose de type 2 par exemple.

  • Transmission familiale : Surdité congénitale précoce ou progressive, dominante ou récessive.
  • Associations syndromiques : Certaines atteintes auditives s’inscrivent dans des tableaux plus larges, associant troubles visuels, rénaux, cardiaques…

La génétique représente aujourd’hui plus de 60% des surdités infantiles (Orphanet).

5. Traumatismes et lésions de l’oreille interne

Certains accidents physiques provoquent une surdité de perception :

  • Traumatismes crâniens : chute, choc du crâne, accidents de la voie publique peuvent léser directement la cochlée ou le nerf auditif.
  • Barotraumatismes : chute brutale de la pression (plongée, explosion) déchirant membranes et endommageant les structures internes de l’oreille.

6. Médicaments toxiques pour l’oreille : l’ototoxicité

Certains traitements abîment l’oreille interne, en particulier chez des personnes fragiles :

  • Antibiotiques aminoglycosides (streptomycine, gentamicine)
  • Certains chimiothérapiques
  • User prolongé de diurétiques ou d’anti-inflammatoires (aspirine à doses élevées)

L’ototoxicité entraîne souvent une surdité bilatérale, rapide, qui peut être irréversible.

D’autres causes, des cas parfois rares

Moins souvent, certaines maladies auto-immunes (lupus, granulomatose), des tumeurs (neurinome de l’acoustique), ou encore des accidents vasculaires (micro-infarctus dans l’oreille interne) sont en cause. Chez certains patients, la cause exacte reste indéterminée (on parle alors de surdité idiopathique).

Comment reconnaître les signes d’une surdité de perception ?

  • Difficulté à suivre une conversation en milieu bruyant, même si l’audition en milieu calme semble correcte
  • Tendance à augmenter le volume de la télévision ou du téléphone
  • Confusion entre sons proches (« F » et « S », « T » et « P »…)
  • Impression que les gens articulent mal, alors que l’environnement est le même pour d’autres
  • Acouphènes (sifflements, bourdonnements) souvent associés
  • Dans les cas soudains : sensation de « surdité brusque », urgence médicale absolue

Il faut souligner que la surdité de perception ne se traduit pas uniquement par une baisse de volume. Il ne s’agit pas seulement « d’entendre moins fort », mais « d’entendre moins bien », c’est-à-dire avec une mauvaise qualité, rendant la compréhension de la parole difficile, y compris lorsque le volume est élevé.

Le diagnostic en pratique

Face à un doute, le parcours classique comprend :

  1. Consultation ORL : test clinique, otoscopie (examiner l’oreille), recherche de causes évidentes
  2. Audiogramme : examen clé, il distingue précisément surdité de perception et surdité de transmission
  3. Bilan complémentaire (selon le contexte) : IRM, prise de sang, génétique… si suspicion d’affection sous-jacente

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la moitié des pertes auditives pourrait être évitée par de simples mesures de prévention et d’information (OMS).

Peut-on prévenir la surdité de perception ?

  • Protection contre le bruit : bouchons d’oreille en concerts/festivals, casques adaptés au travail, réglages de volume raisonnable sur les appareils audio
  • Dépistage régulier : surtout à partir de 50 ans, ou en cas d’antécédents familiaux
  • Vaccination : oreillons, méningite, rubéole (surtout chez l’enfant et la femme enceinte)
  • Surveillance de certains traitements : signaler à son médecin tout antécédent familial ou symptôme auditif avant la prescription
  • Accès aux soins : en cas de baisse brutale ou de pathologie de l’oreille, une prise en charge précoce maximise les chances de récupérer de sa perte

Une prise de conscience collective nécessaire

Aujourd’hui, 16% des personnes en France déclarent une gêne auditive au quotidien, mais moins de la moitié se font dépister réellement (DREES, 2022). Dans des territoires où le bruit, l’accès aux soins et le vieillissement peuvent s’additionner, repérer la surdité de perception et en comprendre les causes principales, c’est ouvrir la voie à une meilleure santé auditive et sociale.

L’enjeu ne se limite pas à la qualité d’écoute : des études montrent qu’une surdité non prise en charge multiplie par deux le risque d’isolement, de dépression, ou de troubles cognitifs précoces (The Lancet). D’où l’importance d’une information claire, d’une vigilance collective, et d’une intervention rapide dès l’apparition des premiers symptômes.

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